J'écoute : Leon Fleischer dans les Concertos de Beethoven (avec Szell)
Je regarde : La Belle au bois dormant (Disney) - en jonglant entre la vf et la vo, pour la voix de Danielle Licari...
Je lis : J.-L. Baudry, "Effets idéologiques produits par l'appareil de base" (1970)
Je joue : l'étude en ré # mineur de Scriabine et l' "Alborada" (Ravel)
Je mange : le Rien (enfin, n'exagérons rien)
Je bois : quand même et m'aime si
Je cite : « Sans doute les œuvres d’art importantes sont-elles, de façon générale, celles qui s’assignent un but extrême, qui se brisent en voulant l’atteindre, et dont les lignes de fracture demeurent comme le chiffre de la vérité suprême qu’elles n’ont pu nommer. » (Adorno, QUASI UNA FANTASIA, 1963) – « Plus que le vice, dit Proust, inquiètent la folie et son innocence. Si la schizophrénie, c’est l’universel, le grand artiste est bien celui qui franchit le mur schizophrénique et atteint la patrie inconnue, là où il n’est plus d’aucun temps, d’aucun milieu, d’aucune école. » (Deleuze et Guattari, L’ANTI-ŒDIPE, 1972) – « J’ai tout fumé les Craven ‘A’. » (Sabine Paturel, 1986) – « Nous ne sommes que des êtres de vent, des messagers évanouissants entre la jouissance qui aspire les mots et le nom du père qui les ordonne. » (J.-D. Nasio, 1992) – « Si le roi est nu en effet, ce n’est justement que pour autant qu’il l’est sous un certain nombre d’habits – fictifs sans doute, mais néanmoins essentiels à sa nudité. Et par rapport à ses habits, sa nudité elle-même pourrait bien n’être jamais assez nue. Après tout, on peut écorcher le roi comme la danseuse. » (Lacan, Le Séminaire. Livre VII : L’éthique de la psychanalyse, 18 novembre 1959) – – « Il ne m’a pas été possible, quoique j’aie fait, de distinguer par sa seule nature, une idée folle, d’une idée raisonnable. J’ai cherché, soit à Charenton, soit à Bicêtre, soit à la Salpêtrière, l’idée qui me paraîtrait la plus folle ; puis quand je la comparais à un bon nombre de celles qui ont cours dans le monde, j’étais tout surpris et presque honteux de n’y pas voir de différence. » (Leuret, FRAGMENTS PSYCHOLOGIQUES SUR LA FOLIE, 1834) – – « Filmer, c’est toujours tracer un champ qui en évoque un autre d’où surgit l’index qui désigne (en les dérobant) ses objets comme le signifiant de son insignifiance avant de les faire renaître (et mourir) somme signifiante. » (Jean-Pierre Oudart, « La suture », 1969)
Je pense : où je ne suis pas, donc je suis où je ne pense pas
Je rêve : = désir au second degré, désir de désir
(mis à jour vendredi 7 novembre 2008 à 02:46)

30/05/2008

30/05/08 - 23:42

Angoisse (demain, je L'aurai (re-)perdu(e))

La prescience n'est que la réminiscence d'un souvenir douloureux, qui de se répéter feint même de s'oublier pour mieux s'en souvenir –– ou mieux : y revenir (la pulsion de mort) –– le temps qu'il nous re-vienne ["C'est beau Vienne" (Barbara)], mais de quoi ? De ce dont l'existence n'advint que d'être perdu. Lacan : "il ne subsiste que cet être dont l'avènement ne se saisit qu'à n'être plus". Et c'est bien pour cela que la rupture amoureuse n'est que le sur-jeu de l'impossible étreinte –– dont le sous-jeu, on l'aura compris, n'est que la mémoire de ce qui n'a jamais eu lieu [1]. Et donc, toujours, "Il me re-vient en mémoire..." (Barbara). "C'est étonnant, cette mémoire des rêves. Mémoire de ce qui n'est jamais arrivé. [...] Mémoire parfois annonciatrice, dans le prémonitoire", écrit Dulce [2] –– nous ajouterons qu'un tel présage ne s'annonce que de ce qu'il s'origine d'une mémoire, à savoir, qu'il ne s'énonce qu'à ce qu'il se répète ("disque-ours" rayé, le bégaiement de la Pythie, ou Delphes en léger différé –– le direct est un mythe, le rêve un désir au second degré). [3]

[1] Soit le virtuel au sens deleuzien (ou pour Sartre, l'événement absolu).

[2] Dulce (Charles), "Pas dormir, il ne faut pas dormir..." (15.05.2008), [www]

[3] L'origine procède de la répétition, dirait Deleuze.

28/05/2008

28/05/08 - 16:38

L'Autre dans "Mort à Venise" (1971) de Luchino Visconti [extrait d'un Mémoire sur "Peter Pan" (2003) de P.J. Hogan]


« En tendant le bras, Aschenbach s’offre l’illusion de pouvoir le toucher de la main. L’objectif du personnage paraît même plus ambitieux. Il consisterait, en réduisant toute distance physique, de faire un avec Tadzio » [1]. Mais cela n’arrive que dans les contes de fées (« justement c’est de ça qu’on crève, c’est qu’en aucun cas deux corps ne peuvent en faire un, de si près qu’on le serre » [2]) –– impossible jouissance de l’Autre, le « il était une fois… » contre « il n’y a pas », proton pseudos et autres vertiges (de l’œil) – qu’il emporte à jouir du mythe [3] (en ses cantines du désir où bruisse la comptine de l’énamoration) – du flan vert (tilleul) à la pistache [4] (qui nous dépiste de ce que l’œil, à prendre pour tâche son appétence, et si bien qu’à cette sourcilleuse astreinte il revêt la tache dont l’aveugle le dardant appeau – « c’est le dard-dans-ta-peau (Désir-ARDent) [5] qui t’en impose du dehors en tant que Chose », autant dire que c’est de la poutre qu’on se fait l’apôtre –, croie dépister la trace de l’Autre), d’où qu’on s’y perd en spirales d’imaginaires parenthèses ou traits de cisaille (« les confusions ordinaires » [6]), lisérés désireux si vétilleux d’être ductiles, sauf à se payer de « disque-ours » [7], du réel : « l’Autre à jamais dans sa jouissance » [8] (Lacan). Ce en quoi le « parlêtre » est aussi un jamêtre. « (Dis)cours toujours » comme dirait l’Autre (« You wish », merveilleuse expression, dont le verbe est aussi le substantif utilisé en anglais, ici peut être plus heureux que le français, pour traduire le Wunsch).

[1] Laurent Fiévet, « Réinventer le réel. Références à Turner dans Mort à Venise de L. Visconti », Simulacres n° 2, « Circulations », hiver 2000, p. 45.
[2] Jacques Lacan, « La troisième », Intervention au Congrès de Rome (01.11.1974) [texte non revu par J. Lacan], Lettres de l’École freudienne n° 16, novembre 1975, p. 202.
[3] Cf., entre autres (l’antr’Autre), l’Éros freudien.
[4] Cf. Jean-Louis Schefer, « Vertigo, vert tilleul », Trafic n° 16, automne 1995, pp. 51-56.

[5] Et pour reprendre le plus beau titre (français) à ce jour du cinéma d’action, on ajoutera que de mémoire du désir, et c’est bien de ça, de ce « monde du désir en tant que tel » [a] que prend portée l’agir (l’a-jouir), de cette mémoire donc, il n’y a que dans-la-peau (dans-l’appeau : leurre imaginaire, qui se compose au passé d’un « a joui » mythique), car de peau, manque de pot (dont on dénomme ce lieu où perce la demande de l’Autre), il n’y a que sé-parée, et de là vient qu’on se-pare (qu’on agit, sauf à croire – « c’est la plus formidable blague » [b] – qu’on le ré-pare, ce faux dé-part) d’appeaux, paréos du trou à ses parois suce-pendus, pour parer au manque (ou remplir le pot), tous les délires de l’agir, de l’écrire ou du dire (« L’homme aurait très bien pu ne pas chier… » [c], etc.), ces chiures de l’a-mur (sicut palea). Mémoire, oui, mais-moire (l’un n’est que de lin) – d’où « aime-moi », la demande d’amour proférée à perdre « l(’)a-laine », celle-là même que tissent les Moires sur une plage du Lido, et autres « et c’est alors/ que j’ai tout fait éclater/ parce qu’à mon corps/ on ne touche jamais » [d]. Memorandum : le bouche-trou-d’hommais-moire est en-corps une vêture du Réel, qui d’être toujours déchirée nous déchire à jamais. D’où que certains fantastes courent après leur ombre… (On ne s’en re-met pas, de ce manque-à-être.)
[a] Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre II : Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955), Paris, Seuil, coll. « Champ freudien », 1978, p. 261.
[b] Jacques Lacan, « La troisième », ibid.
[c] Antonin Artaud, « Pour en finir avec le jugement de Dieu » (1948), in Œuvres complètes, tome XIII, Paris, Gallimard, NRF, 1974, p. 83.
[d] Id., p. 96.

[6] Jacques Lacan, Conférence sur Lewis Caroll (émission radiophonique, 31 décembre 1966), consultable sur le site « Registres du séminaire de Jacques Lacan », [www]
[7] Jacques Lacan, « La troisième », art. cit., p. 178.
[8] Jacques Lacan, « Préface à L’Éveil du printemps » (1974), in Frank Wedekind, L’Éveil du printemps. Tragédie enfantine (1890-1891), Paris, Gallimard, NRF, coll. « Le manteau d’Arlequin », 2006, p. 12 ; repris in J. Lacan, Autres Écrits, Paris, Seuil, coll. « Le champ freudien », 2001, p. 563.