09/06/2008Spécial dédicace loulphi75 : LISTE D'OEUVRES REMARQUABLEMENT JOUEES (pianistes du XXe siècle, sequel)
Alfred CORTOT (1877-1962) :
- Chopin, Valse op. 69 n° 1 (24 mai 1943)
- Chopin, Prélude n° 1 (2 décembre 1942)
- Fauré, Romance sans paroles n° 3 (28 décembre 1922, prise 1)
- Fauré, Berceuse de « Dolly » (20 janvier 1925, prise 2) – [A mourir…]
Et pour ceux qui croiraient encore que Cortot n’avait pas une bonne technique :
- Chopin, Étude op. 25 n° 11 (1er mars 1923, prise 10)
Arthur SCHNABEL (1882-1951) :
- Brahms, Concerto n° 2 (7 & 14 novembre 1935) – [L’enregistrement que j’emmènerais sur île déserte (même si l’orchestre joue faux) ? – avec ‘Ricordanza’ par Bolet et quelques Lipatti et la Ballade de Liszt par Horowitz…]
- Schumann, Scènes d’enfants (3 juin 1947)
- Beethoven, Sonate n° 16 (5 & 6 novembre 1935, 15 janvier 1937)
Dinu LIPATTI (1917-1950) :
- Chopin, Concerto n° 1 (7 février 1950) – [la SEULE version que j’aime de ce Concerto (et je ne l’ai découverte qu’à 22 ans, en en ayant écouté beaucoup d’autres auparavant et depuis)]
- Chopin, Sonate n° 3 (1er & 4 mars 1947) – [Idem, et je dois connaître 25 versions de cette Sonate (dont le 1er mouvement est l’oeuvre que j’ai peut-être le plus travaillée) : même Arrau et Cortot, je ne les aime pas dedans ; quand même, Argerich (pianiste qui souvent me lasse un peu malgré son génie – dont la violence n’est pas ma tasse de thé, et de manière générale monotone à la longue) y est admirable dans ses 2 versions (1965, 1967 – seulement son 1er mouvement pour celle de 1967), et celle de Vera Gornostayeva – pianiste dont tout enregistrement, en ce qui me concerne, est une référence – vaut le « coup d’oreille », comme on dit (consultable sur classicalarchives.com, avec abonnement malheureusement…). Sinon, comme de coutume, la pire est peut-être celle de Magaloff, et celles de Samson et Gilels sont aussi particulièrement émétiques…]
Walter GIESEKING (1895-1956) :
- Debussy, « Feux d’artifice » (c. 1951-1955)
Samson FRANÇOIS (1924-1970) :
- Chopin, Impromptu n° 1 (c. 1954-1968)
- Franck, « Prélude, choral et fugue » (1955)
Rudolf SERKIN (1903-1991) :
- Beethoven, « Pathétique » (8 & 15 décembre 1962) – [Son 1er mouvement, notamment (et, mais c’est personnel, et je l'y admire d'autant plus, que c’est le morceau que j’ai trouvé le plus difficile à jouer – l’Appassionata à côté, ce n’est rien – en difficulté s’entend), est proprement stupéfiant.]
Glenn GOULD (1932-1982) :
- J.-S. Bach, Invention à 3 voix n° 15 [si mineur] (mars 1964)
Wilhelm KEMPFF (1895-1991) :
- Beethoven, « Mondschein-Sonate » (janvier 1965) – [Le 1er mouvement ! Qui d’autre que Kempff l’a joué ainsi ? (i.e. tous les autres ne lui arrivent pas à la cheville dans ce 1er mouvement…)]
Claudio ARRAU (1903-1991) :
- Chopin, Nocturne op. 62 n° 1 (17 septembre 1971, récital pour la Radio de la Suisse Italienne)
- Chopin, Ballade n° 4 (avril 1977)
Vladimir HOROWITZ (1903-1989) :
- Liszt, Ballade n° 2 (novembre 1981) – [Arriverez-vous à la fin sans fondre en larmes, terrassé par « la plus forte émotion que l’esprit soit capable de sentir » (Burke sur le Sublime), là est la question. C’est un peu comparable à ces grands films d’horreur, dans les moments où l’angoisse devient tellement insupportable (Bobby montant chercher son chien dans la colline de « La colline a des yeux » – celui de Craven ! –, la scène des toilettes publiques de « Maniac », ou « Dark Water » de Nakata…) qu’on se dit qu’il faut appuyer sur la touche stop (ou sortir de la salle), sans, bien sûr, en faire autant (masochisme oblige), – ou bien aux mélos de Sirk… (encore plus cruels que les films d’horreur).]
Jorge BOLET (1914-1990) :
- Liszt, « Ricordanza » [Étude d’exécution transcendante n° 9] (mars 1985, CD : Liszt, Œuvres pour piano vol. 7)
- Liszt, « Grand Galop chromatique » (22 août 1972 ; CD : Bolet rediscovered. Liszt Recital)
Alicia de LARROCHA (née en 1923) :
- Albeniz, « Almería » & « Triana » [extraits d’ « Iberia »] (janvier 1992)
P.S.(I) Sinon, j’ai une profonde admiration pour Paul Badura-Skoda dans les Concertos n° 23 et 25 de Mozart (je ne l’ai pas entendu dans les autres) : quel son, quelle finesse, quelle vivacité… ! – manque juste, peut-être, une touche de « génie » (enfin, comme on dit, j’aimerais bien les jouer comme lui…), mais franchement, (un grand pardon aux fans, nombreux ici – et partout –, de cette pianiste), on s’ennuie moins que chez Clara Haskil… [Par contre, Badura-Skoda dans Schumann, c’est moins bien… (là, je préfère encore Clara Haskil…)]
P.S.(II) Aussi, j’aime bien Stephen Hough et Howard Shelley (bons pianistes), et pour cette raison : ils ont enregistré les Concertos de Hummel…
P.S.(III) IMPORTANT : A ceux qui pour l’instant ne portent pas Bolet et Larrocha dans leur cœur, chers « GAiens », je vous en conjure, et vous prie (à genoux) de jeter une oreille au « Ricordanza » par Bolet (le son le plus incroyable que j’ai jamais entendu) et à « Almería » (ce chef d’œuvre d’Albeniz) par Larrocha.
P.S.(IV) Pour moi, le problème avec Cortot, ce n’est pas ce mythe d’une technique défaillante (réécoutez les Etudes et Préludes de Chopin…), ni les fausses notes (même dans la Romance de Fauré, il en fait ! Limite technique ? Vous voyez bien qu’à l’époque ça avait moins d’importance, la propreté… Cortot enregistrait vite, et sans se douter de la postérité que ces enregistrements auraient par la suite), et quelle version des Préludes de Chopin est aussi géniale que la sienne (même avec un pain dès la 2ème mesure du 24ème – pain qu’il ne fait pas, au demeurant, dans une autre version non intégrale des Préludes, si jamais ce pain vous insupporte au point de trouver que ce prélude, et tout le cycle avec, s’en trouvent gâchés…) ? – non, ce qui me gêne (le mot est faible), et ça été dur de taper les dates d’enregistrement des Préludes et des Valses, c’est l’homme : sa participation active au gouvernement de Vichy, Laval… Comment peut-on à la fois jouer les Préludes de Chopin (s’il y a bien un compositeur de l’Amour, et tant pis si ça fait bête et kitsch de dire ça, c’est bien Chopin) comme il le fait et avoir accepté « de bon cœur » (horrible expression, n’est-ce pas) les charges ministérielles qu’il occupa dans le gouvernement Laval ? Comment peut-on à la fois avoir écrit « Sein und Zeit » ou prononcé la conférence « Qu’est-ce que la métaphysique ? », et adhéré au régime nazi (Heidegger) ? C’est insoluble, et c’est comme ça (et le « Pardon », mon œil, et de toute façon, ce n’est pas à moi de pardonner – s’il y a bien une chose sublime, magnifique, pour ce qui concerne cette grande dame, c’est que Hannah Arendt ait pardonné à Heidegger). Et le « Oui, mais il ne savait pas ce qu’il faisait… », ou encore (aussi con) : « Toute la philosophie de Heidegger est rapportable au nazisme », est un faux débat qui n’intéresse personne (sauf en France). Alors, voilà, Heidegger ou Cortot, c’étaient des pauv’ types – et pourtant, « Sein und Zeit » est un des plus grands livres du XXe siècle, Cortot dans Chopin, Fauré, Liszt…, c’est tout simplement magnifique. Bref, donc… au moins le temps que l’on écoute les merveilleux enregistrements que ce connard nous a laissés, mieux vaut ne pas y penser…
P.S.(V) Quand même, Michelangeli dans le 2ème livre des Préludes de Debussy, c'est vraiment génial (même si je préfère Gieseking). Mais je ne l'aime pas dans Chopin...
P.S.(VI) J'ajoute Zimerman, même si souvent je ne l'aime pas (ses Ballades de Chopin en CD : inbuvables... dans mon souvenir du moins), car ma plus grande émotion de concert, ce fut lui dans la Sonate D 959 de Schubert, un soir à la salle Pleyel. Et, aux plus grandes émotions "live", il convient d'ajouter les masterclasses de Vera Gornostayeva auxquelles j'ai eu la chance d'assister. Ses superbes enregistrements dont j'ai conseillé le lien ci-dessus, ne sont qu'un pâle reflet de ce qui se passe lorsqu'elle donne cours, jouant parfois intégralement l'oeuvre concernée (toujours de mémoire, que ce soit Chopin, Schumann, Debussy, Rachmaninov ou Mozart, monuments de la littérature - et de difficultés - pianistique y compris), et à l'occasion tout en parlant : frissons, vertige, larmes retenues (c'est une masterclasse quand même, plein jour tout ça, il faut se tenir...), pris entre le son inouï qui jaillit de ses doigts et celui de la voix de la traductrice (qui, elle-même, parfois, n'arrivait plus à traduire, trop bouleversée, le souffle coupé) qui nous transmet les images que "Gorno" (c'est comme cela qu'on l'appelait) pour nous met en langage (le russe, cette langue magnifique) : les choses les plus profondes que j'ai entendues sur Chopin, je les ai entendues de la bouche de l'interprète (dont, honte à moi, j'ai oublié le prénom, une femme charmante, qui m'aimait bien - c'était réciproque) de Gorno, et donc, vous l'aurez compris, de la bouche de cette dernière.
P.S.(VII) Ah oui, aussi, il y a un pianiste, que là, pour le coup, je déteste au plus haut point (c'est tout ce que je n'aime pas), mais qui, je l'avoue, avait été... pff, je ne trouve plus de mots, bref, démentiel, inoubliable... dans une impro sur la 2ème Rhapsodie hongroise de Liszt, en concert à Auvers-sur-Oise : Denis Matsouev (dont j'ai honte d'écrire le nom à côté de tous les grands que j'ai cités, y compris en mal, de Lipatti à Haskil...).
P.S.(VIII) Aimard dans Ligeti, c'est excellent... (Enfin, pour Brahms, j'adorais Katchen avant, mais un peu moins maintenant - et once more, Katchen dans Chopin, no good)
05/06/2008NOUVEAU TOP TEN DE PIANISTES (suite, notamment, à la belle réponse - et au beau top - de jeunehommeaubonnetrouge [cf. commentaires du top précédent])[N.B. Je ne dis pas que Lipatti ou Gieseking sont « meilleurs » que Richter ou Michelangeli (d'ailleurs, y a-t-il meilleur pianiste que Richter ?), mais juste que je les préfère à ces derniers (car ils me touchent plus, m'étonnent plus - la Verblüffung dépend de notre façon de se situer par rapport à l'Autre).]
1. Dinu LIPATTI
2. Claudio ARRAU
& Jorge BOLET (dans Liszt)
4. Alfred CORTOT
& Wilhelm KEMPFF
& Alicia de LARROCHA (Albeniz, Granados, De Falla)
& Rudolf SERKIN
8. Walter GIESEKING (le seul pianiste que j’aime vraiment dans Debussy)
9. Arthur SCHNABEL
(Beethoven et Brahms, puis Schumann – PAS pour Bach, Mozart et Schubert)
10. Samson FRANÇOIS
(pour Ravel bien sûr, mais surtout Chopin, uniquement dans les Valses – du pur génie –, les Mazurkas – idem – et le 1er Impromptu, et Franck, puis aussi « Des pas sur la neige » et « Brouillards » de Debussy – ses autres versions des œuvres de Chopin et Debussy, mieux vaut ne pas les entendre)
[+ Glenn GOULD]
Hors-compétition : Sergueï RACHMANINOV
Inclassable : Vladimir HOROWITZ (écoutez-le, ce cogneur maniéré fou d’amour, dans le thème douloureux de la « Polonaise-Fantaisie » – p. 81 de l’édition Paderewski –, jamais personne ne l’a joué comme lui – ou alors, peut-être Chopin… –, ou encore, dans cette chose monstrueuse et sublime – au sens de Burke, le sublime de Terreur – qu’est sa version de la Ballade n° 2 de Liszt ; Horowitz, c’est un peu comme un dieu ayant perdu son foudre et devant se contenter d’un instrument terrestre, ce piano toujours trop petit pour lui – et donc, forcément, il casse tout [son op. 42 n° 5 de Scriabin : quelle horreur, pourtant je pleure])
P.S. Gulda, j’attends d’en avoir entendu plus ; Edwin Fischer et Backhaus, je ne les connais pas assez pour juger (aussi il faut m’y mettre, et donc, je ferais mieux de me taire) ; Solomon, honte à moi, je ne l’ai jamais entendu (idem pour Marcelle Meyer et Lili Kraus).
P.S.(II) Est-ce que quelqu'un pourrait me conseiller une version géniale de la Fantaisie de Schumann (et, mais je désespère d'en trouver – à part la très bonne d'Arrau et l'inqualifiable d'Horowitz –, de la Polonaise-Fantaisie de Chopin) ? 01/06/2008Les 10 plus grands pianistes [classiques] du XXe siècle
1. Dinu Lipatti (le plus grand ; qui s'est remis de sa version du Concerto n° 21 de Mozart, ou de ses Chopin ?)
2. Claudio Arrau
& Jorge Bolet (qui ne l'a pas entendu dans Liszt n'a jamais entendu de Liszt)
4.-9. :
- Wilhelm Kempff (l'intégrale des Sonates de Beethoven : indépassable)
- Rudolf Serkin (même s'il n'aimait pas Liszt)
- Alicia de Larrocha
- Alfred Cortot (même si c'était un pauv' type)
- Sergueï Rachmaninov (il n'y a qu'une version de ses concertos, la sienne)
- Friedrich Gulda (qui a aussi fait du jazz, et dont l'enregistrement du "Clavier bien tempéré" est un miracle)
10. Walter Gieseking (l'intégrale Debussy, quelle merveille)
P.S. Mon plus grand regret : ne pas avoir entendu jouer Chopin et Liszt. (C'est ça qui est terrible, on ne peut pas à la fois avoir entendu Chopin et vu "Gerry".)
Les 20 meilleurs films américains des années 2000 (en cours)
1. Gerry (2002), Gus Van Sant
2. ex æquo :
- Mission to Mars (2000), Brian De Palma
- Donnie Darko (2001), Richard Kelly
- A.I. Intelligence artificielle (Artificial Intelligence: AI, 2001), Steven Spielberg
- Elephant (2003), Gus Van Sant
- Peter Pan (2003), P.J. Hogan
- Hostel (2005), Eli Roth
Puis 8.-19. (par ordre chronologique) :
- George Washington (2000), David Gordon Green
- L.I.E. Long Island Expressway (L.I.E., 2001), Michael Cuesta
- Jeepers Creepers, le chant du diable (Jeepers Creepers, 2001), Victor Salva
- Deux en un (Stuck on You, 2003), Bobby et Peter Farrelly
- Le Jour d’après (The Day After Tomorrow, 2004), Roland Emmerich
- Même pas mal ! (Dodgeball: A True Underdog Story, 2004), R. M. Thurber
- Mysterious Skin (2004), Gregg Araki
- La Jeune Fille de l’eau (Lady in the Water, 2006), M. Night Shyamalan
- Admis à tout prix (Accepted, 2006), Steve Pink [inédit en salles]
- La Vengeance dans la peau (The Bourne Ultimatum, 2007), Paul Greengrass
- SuperGrave (Superbad, 2007), Greg Mottola
- Redacted, revu et corrigé (Redacted, 2007), Brian De Palma
30/05/2008Angoisse (demain, je L'aurai (re-)perdu(e))La prescience n'est que la réminiscence d'un souvenir douloureux, qui de se répéter feint même de s'oublier pour mieux s'en souvenir –– ou mieux : y revenir (la pulsion de mort) –– le temps qu'il nous re-vienne ["C'est beau Vienne" (Barbara)], mais de quoi ? De ce dont l'existence n'advint que d'être perdu. Lacan : "il ne subsiste que cet être dont l'avènement ne se saisit qu'à n'être plus". Et c'est bien pour cela que la rupture amoureuse n'est que le sur-jeu de l'impossible étreinte –– dont le sous-jeu, on l'aura compris, n'est que la mémoire de ce qui n'a jamais eu lieu [1]. Et donc, toujours, "Il me re-vient en mémoire..." (Barbara). "C'est étonnant, cette mémoire des rêves. Mémoire de ce qui n'est jamais arrivé. [...] Mémoire parfois annonciatrice, dans le prémonitoire", écrit Dulce [2] –– nous ajouterons qu'un tel présage ne s'annonce que de ce qu'il s'origine d'une mémoire, à savoir, qu'il ne s'énonce qu'à ce qu'il se répète ("disque-ours" rayé, le bégaiement de la Pythie, ou Delphes en léger différé –– le direct est un mythe, le rêve un désir au second degré). [3]
[1] Soit le virtuel au sens deleuzien (ou pour Sartre, l'événement absolu).
[2] Dulce (Charles), "Pas dormir, il ne faut pas dormir..." (15.05.2008), [www]
[3] L'origine procède de la répétition, dirait Deleuze. 28/05/2008L'Autre dans "Mort à Venise" (1971) de Luchino Visconti [extrait d'un Mémoire sur "Peter Pan" (2003) de P.J. Hogan]
« En tendant le bras, Aschenbach s’offre l’illusion de pouvoir le toucher de la main. L’objectif du personnage paraît même plus ambitieux. Il consisterait, en réduisant toute distance physique, de faire un avec Tadzio » [1]. Mais cela n’arrive que dans les contes de fées (« justement c’est de ça qu’on crève, c’est qu’en aucun cas deux corps ne peuvent en faire un, de si près qu’on le serre » [2]) –– impossible jouissance de l’Autre, le « il était une fois… » contre « il n’y a pas », proton pseudos et autres vertiges (de l’œil) – qu’il emporte à jouir du mythe [3] (en ses cantines du désir où bruisse la comptine de l’énamoration) – du flan vert (tilleul) à la pistache [4] (qui nous dépiste de ce que l’œil, à prendre pour tâche son appétence, et si bien qu’à cette sourcilleuse astreinte il revêt la tache dont l’aveugle le dardant appeau – « c’est le dard-dans-ta-peau (Désir-ARDent) [5] qui t’en impose du dehors en tant que Chose », autant dire que c’est de la poutre qu’on se fait l’apôtre –, croie dépister la trace de l’Autre), d’où qu’on s’y perd en spirales d’imaginaires parenthèses ou traits de cisaille (« les confusions ordinaires » [6]), lisérés désireux si vétilleux d’être ductiles, sauf à se payer de « disque-ours » [7], du réel : « l’Autre à jamais dans sa jouissance » [8] (Lacan). Ce en quoi le « parlêtre » est aussi un jamêtre. « (Dis)cours toujours » comme dirait l’Autre (« You wish », merveilleuse expression, dont le verbe est aussi le substantif utilisé en anglais, ici peut être plus heureux que le français, pour traduire le Wunsch).
[1] Laurent Fiévet, « Réinventer le réel. Références à Turner dans Mort à Venise de L. Visconti », Simulacres n° 2, « Circulations », hiver 2000, p. 45.
[2] Jacques Lacan, « La troisième », Intervention au Congrès de Rome (01.11.1974) [texte non revu par J. Lacan], Lettres de l’École freudienne n° 16, novembre 1975, p. 202.
[3] Cf., entre autres (l’antr’Autre), l’Éros freudien.
[4] Cf. Jean-Louis Schefer, « Vertigo, vert tilleul », Trafic n° 16, automne 1995, pp. 51-56.
[5] Et pour reprendre le plus beau titre (français) à ce jour du cinéma d’action, on ajoutera que de mémoire du désir, et c’est bien de ça, de ce « monde du désir en tant que tel » [a] que prend portée l’agir (l’a-jouir), de cette mémoire donc, il n’y a que dans-la-peau (dans-l’appeau : leurre imaginaire, qui se compose au passé d’un « a joui » mythique), car de peau, manque de pot (dont on dénomme ce lieu où perce la demande de l’Autre), il n’y a que sé-parée, et de là vient qu’on se-pare (qu’on agit, sauf à croire – « c’est la plus formidable blague » [b] – qu’on le ré-pare, ce faux dé-part) d’appeaux, paréos du trou à ses parois suce-pendus, pour parer au manque (ou remplir le pot), tous les délires de l’agir, de l’écrire ou du dire (« L’homme aurait très bien pu ne pas chier… » [c], etc.), ces chiures de l’a-mur (sicut palea). Mémoire, oui, mais-moire (l’un n’est que de lin) – d’où « aime-moi », la demande d’amour proférée à perdre « l(’)a-laine », celle-là même que tissent les Moires sur une plage du Lido, et autres « et c’est alors/ que j’ai tout fait éclater/ parce qu’à mon corps/ on ne touche jamais » [d]. Memorandum : le bouche-trou-d’hommais-moire est en-corps une vêture du Réel, qui d’être toujours déchirée nous déchire à jamais. D’où que certains fantastes courent après leur ombre… (On ne s’en re-met pas, de ce manque-à-être.)
[a] Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre II : Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955), Paris, Seuil, coll. « Champ freudien », 1978, p. 261.
[b] Jacques Lacan, « La troisième », ibid.
[c] Antonin Artaud, « Pour en finir avec le jugement de Dieu » (1948), in Œuvres complètes, tome XIII, Paris, Gallimard, NRF, 1974, p. 83.
[d] Id., p. 96.
[6] Jacques Lacan, Conférence sur Lewis Caroll (émission radiophonique, 31 décembre 1966), consultable sur le site « Registres du séminaire de Jacques Lacan », [www]
[7] Jacques Lacan, « La troisième », art. cit., p. 178.
[8] Jacques Lacan, « Préface à L’Éveil du printemps » (1974), in Frank Wedekind, L’Éveil du printemps. Tragédie enfantine (1890-1891), Paris, Gallimard, NRF, coll. « Le manteau d’Arlequin », 2006, p. 12 ; repris in J. Lacan, Autres Écrits, Paris, Seuil, coll. « Le champ freudien », 2001, p. 563.
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